La Ligue des Oubliés

En football comme ailleurs, l'Histoire est la légende qui a triomphé des autres récits. « La Ligue des Oubliés » rend justice à ces héros et événements qui n'ont pas eu la chance d'exister.

© Stephane MOT 2004-2007

20080520

El Infante

Francisco Getape fit la première fois la une des journaux à quatre ans quand, échappant à la surveillance de ses parents en plein derby madrilène, il vint s’asseoir sur le siège habituellement réservé au Roi. Douze ans plus tard et toujours à Santiago Bernabeu, « El Infante » justifiait enfin son surnom en signant un triplé pour sa première titularisation sous la tunique blanche. Devant la multiplication des tentatives de renouvellement du miracle par de jeunes joueurs (quand il ne s’agit pas de bébés portés à bout de bras par leurs ambitieux parents), le Real Madrid a d’abord renforcé la sécurité, puis construit une loge privée avant d’étendre le concept à toute une tribune en décuplant au passage le prix des billets. Confession du président du club à la remise du deuxième Ballon d’Or de Sa Majesté Paco : « Tout ce qu’il touche devient or. J’ai demandé à l’entraîneur de le laisser souffler un peu pour faire exploser la valeur de mon banc de touche ».

Ramon Felez

Pour sa dernière grande compétition (la Coupe du Monde 1982), l'avant-centre de la sélection hondurienne avait promis de battre le record de buts de Justo Fontaine. Le petit attaquant de Juticalpa se permit même de faire mieux que Gerd Müller, et pouvait sans doute aller encore plus loin si son entraîneur n'avait pas décidé de le remplacer pour l'ultime quart d'heure du dernier match. Le technicien se justifia par la suite en avouant sa perplexité devant la maladresse de son joueur vedette : « c'était tout de même son quinzième but contre son camp en vingt minutes ».

William Bourgogne

Ce flamboyant milieu offensif ne doit qu’à un tempérament désastreux de ne pas présenter un palmarès exceptionnel. La révélation messine de la fin des années 80 commença pourtant sur les chapeaux de roues avec dès sa première saison une victoire en Coupe de France, un titre de Champion d’Europe juniors, deux sélections A et un transfert record à Bordeaux. La suite n’est qu’une litanie de faits divers émaillées de bagarres avec ses partenaires, adversaires, entraîneurs et dirigeants, sans oublier quelques supporters à l’occasion.
Claquant la porte de son quinzième club en dix ans, William Bourgogne se consacra à la création artistique avec un succès incontestable. Ses œuvres les plus recherchées correspondent à sa Période Bleue (27 sélections et 12 buts avec l’équipe de France, avant son bannissement pour insultes proférées contre le sélectionneur et kidnapping du chien de ce dernier) et à sa Période Rose (peu prolifique sur le plan footballistique - cinq matches sous le maillot de Parme en 1996-97 - mais très prisée des collectionneurs : une trentaine d’installations à base d’os de jambon et de nunchakus).
Ses détracteurs évoquent plus cyniquement sa « Période Blanche » : dix-huit mois sans marquer, en grande partie grâce aux quelque 8 cartons rouges enmagazinés sous les couleurs du PSG.

20070514

George Walker Worst

La légende de Worst repose autant sur son diabolique pied gauche que sur son redoutable lever de coude. Car quand il s’agissait de descendre les half pints, le demi de Preston North End ne faisait jamais les choses à moitié. Même suffisamment imbibé pour faire par sa seule haleine sombrer l’ivrogne le plus aguerri dans un profond coma éthylique, George Walker Worst continuait à affoler les défenses de sa classe éblouissante. « Le bougre savait parfaitement maîtriser la vessie », résuma le père Andrews Bock à l’enterrement de son ami (à cette époque, le ballon se fabriquait toujours sur la base d’une vessie de porc).
Worst fit pourtant une fois scandale en s’exhibant ivre mort, mais dans le pire des contextes : alors même qu’il recevait son titre de Member of the British Empire des mains de la grande Reine Victoria. C’est ainsi que fut révélé son pire handicap, proprement inconcevable dans l’Angleterre victorienne : son surprenant métabolisme le rendait incapable de tenir le thé.

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Francao

Plus connu sous le nom de Francao ou Francês (« le français », en raison de sa fine moustache et de sa capacité à briller en match amical), le Brésilien Jose Souza de Guimaraes Gerais détient le record de buts et de matches joués en sélection comme en championnat, signant même son 1.500e but en match officiel dimanche dernier avec Fluminense. Beaucoup de joueurs se contenteraient de son palmarès (dix championnats de Rio, huit fois meilleur buteur, trois Copa America, cinq fois meilleur buteur, quatre ballons d’or sud-américains…), mais lui se lamente de n’avoir jamais pu jouer le moindre match de Coupe du Monde. Laissant à son grand rival Zico le titre de « Pelé blanc », Francao gagna son sobriquet de « Pelé noir » par sa malchance dans la reine des compétitions.
Jugé trop jeune en 1974 (à 15 ans, il vient pourtant de claquer 34 buts pour le Gremio Porto Alegre), il manque l’édition suivante pour une brûlure au troisième degré : alors qu’il se penche pour embrasser sa petite amie lors d’un dîner en amoureux, il heurte la bougie et met le feu à sa gigantesque coiffure affro (Francao sauve sa moustache mais évolue désormais le crâne rasé). Deux jours avant le début du Mundial 1982, il se voit assommer à l’entraînement par un terrible coup-franc d’Eder. Accident de voiture en 1986, coup de couteau à l’épaule infligé par un déséquilibré en 1990… le maudit apprend dès 1991 qu’il ne pourra pas se rendre aux Etats-Unis. Le motif ? Un passé supposé de terroriste : dans les années 80, Francao avait exhibé un bandeau anti-américain et critiqué l’intervention au Nicaragua… En 1998, Francao craque pendant le stage préparatif. Crise d’épilepsie, crise de nerf ? Toujours est-il que Rivaldo lui a infligé un petit pont sur sa PlayStation.
Décidant de limiter au maximum les risques pour 2002, Francao arrête sa saison un mois avant les autres pour venir s’entraîner au Japon, seul avec son soigneur et son garde du corps. Mais le plafonnier-ventilateur de sa chambre d’hôtel lui taillade la cuisse en chutant à l’occasion d’un tremblement de terre mineur. Après quatre ans de retraite dans une lamasserie népalaise, Francao a repris le maillot de « Flu » et ne désespère pas de jouer la Coupe du Monde en Afrique du Sud.

Hors-jeu

La règle du hors-jeu gagnerait sans doute à être simplifiée, et pourtant elle a déjà considérablement évolué depuis ses premiers pas. A ceux qui s’interrogent sur la présence de cette aberration dans un code aussi limpide que les lois du football, les experts anglais rétorquent que c’est normal puisque le hors-jeu est la seule règle inventée par des Français, l’International Football Association Board ayant eu toutes les peines du monde à l’inscrire dans son cadre plus rationnel. En effet, suivant les premières règles établies dans la célèbre Taverne des Sangliers de Sedan, était hors-jeu tout joueur se trouvant entre le dernier défenseur et la barrière des tribunes au départ du ballon de rouge d’après-match.

Pavel et Thomas Prosil

L’ailier gauche et l’arrière droit du Dukla de Prague des années 80 portaient le même numéro pour la bonne raison qu’il s’agissait de la même personne. La schizophrénie aigüe de Pavel Prosil remonte à sa naissance, à laquelle ne survécut pas son frère jumeau Thomas. Pavel / Thomas compensa en se construisant en parallèle deux personnalités qu’il assumait à tour de rôle sur le terrain comme dans la vie.
Son transfert au Toulouse FC marqua la disparition de Thomas, posant un sérieux problème tactique à l’entraîneur... et financier à un président persuadé d’avoir acheté deux joueurs pour le prix d’un. C’est la saison suivante et lors du second tour de la coupe de l’UEFA que Thomas fit son grand retour en marquant le but vainqueur… du Dukla de Prague, non sans avoir chipé la balle à son frère dans un duel resté célèbre.